Charte environnementale pour les organisateurs de trails en montagne : ce qui change sur le terrain
Chaque année, plusieurs centaines de milliers de coureurs participent à des trails en montagne en France. Sur un seul week-end, un événement de taille moyenne peut rassembler plus de 2 000 participants. Ces rassemblements concentrent des impacts sur les sols, la faune et la flore dans des milieux souvent fragiles. Une charte environnementale, signée par les organisateurs, vise à encadrer ces pratiques.
Des obligations concrètes sur les parcours et la signalétique
La charte ne reste pas un document d'intention. Elle impose des choix précis dès la conception du parcours. Les organisateurs doivent privilégier les sentiers existants et stables, et éviter les zones de pelouse alpine, les tourbières ou les éboulis. Le balisage doit être temporaire et réversible : peinture biodégradable interdite sur les rochers, rubalise retirée dans les 48 heures suivant la course.
Les ravitaillements sont également concernés. Les points d'eau doivent être installés sur des surfaces déjà artificialisées, comme un parking ou un pré stabilisé. Le ravitaillement en pleine nature, sur un sol herbeux, est déconseillé. En cas de terrain humide, un tapis de protection est exigé pour éviter le piétinement répété.
La charte prévoit aussi une limitation stricte des ravitaillements en altitude. Au-delà de 2 000 mètres, aucun dépôt de nourriture ou de boisson n'est autorisé, sauf dérogation exceptionnelle pour des raisons de sécurité. Cette mesure vise à réduire les allers-retours des porteurs et les déchets associés.
La gestion des déchets et des flux de coureurs
Le point le plus visible pour les participants concerne les déchets. Les gobelets jetables sont interdits sur les ravitaillements. Chaque coureur doit disposer d'un contenant personnel réutilisable, vérifié au départ. Les emballages de barres énergétiques et de gels doivent être rapportés par le coureur lui-même. Un système de pénalité, pouvant aller jusqu'à la disqualification, est prévu pour les dépôts sauvages.
La charte recommande également d'étaler les départs par vagues. Un départ groupé de plus de 500 coureurs sur un sentier étroit provoque un piétinement concentré. En divisant les départs par tranches de 100 à 150 coureurs, l'impact est réparti sur une plage horaire plus large. Cette mesure réduit aussi la pression sur les zones de stationnement et les navettes.
Les organisateurs doivent mettre en place un comptage précis des participants sur chaque tronçon. Ce suivi permet d'identifier les secteurs où le passage répété crée des traces. Si un sentier montre des signes d'érosion, le parcours de l'année suivante doit être modifié, même si cela allonge la distance.
La sensibilisation des coureurs et les contrôles sur le terrain
La charte ne s'applique pas uniquement aux organisateurs. Elle les oblige à informer les participants avant la course. Un document d'une page, remis avec le dossard, doit rappeler les règles essentielles : rester sur le sentier, ne pas cueillir, ne pas déranger les animaux, rapporter ses déchets. Une session d'information obligatoire de quinze minutes est prévue la veille de l'épreuve.
Des contrôles sont effectués pendant la course. Des commissaires, formés par l'organisateur, se postent sur les zones sensibles. Ils vérifient que les coureurs ne coupent pas les lacets, ne traversent pas les zones de régénération forestière et ne jettent rien. En cas de manquement grave, le coureur peut être exclu et son nom transmis à la fédération.
La charte prévoit enfin un bilan post-course. L'organisateur doit remettre un rapport sur l'état des sentiers, les zones dégradées et les incidents constatés. Ce rapport est transmis aux autorités locales et aux gestionnaires d'espaces naturels. Il sert de base pour décider si l'événement peut être reconduit à l'identique ou si des modifications majeures sont nécessaires.
Pour les organisateurs de petites courses, certaines exigences peuvent être difficiles à mettre en œuvre. La mise en place de navettes, le balisage réversible et le recrutement de commissaires représentent un coût supplémentaire. Des aides existent auprès des parcs naturels régionaux et des collectivités, mais elles ne couvrent pas la totalité des dépenses. La charte prévoit des paliers de mise en conformité sur trois ans pour les événements de moins de 300 participants.
Les coureurs, de leur côté, doivent adapter leurs habitudes. Le contenant réutilisable, le port de ses déchets et le respect strict des sentiers deviennent des conditions de participation. Les organisateurs qui appliquent la charte le mentionnent sur leur communication, et certains l'intègrent dans le règlement intérieur de la course. Les contrôles se renforcent d'année en année, et les mauvaises pratiques sont de moins en moins tolérées.